• 14 / May / 2021
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Partis trop tôt,trop loin: l'exil de Ndack Kane

Juste avant d'obtenir le bac au Sénégal, Ndack Kane se surprenait à imaginer le vécu des jeunes sénégalais qui ont eu la chance d'aller étudier très tôt à l'étranger. Elle ne pouvait alors croire que quelques années après, elle se mettrait à jeter un regard sur les conditions de vie de ‘jeunes étudiants étrangers’ en retraçant son propre parcours et celui d'un jeune garçon ayant fait ses études en France. Le destin scellera leur rencontre. C'est à partir d'un tel format, où se mêlent la réalité solitaire de l'émigration à un jeune âge, le choc des cultures et l'amour entre deux êtres que Ndack Kane a structuré dans le tome 1 de son ouvrage, Partis trop tôt, trop loin : L'Exil : une trilogie faite de témoignages, de faits vécus. Pourtant, raconte-t-elle, bien avant de vivre l'émigration estudiantine, Ndack Kane a connu l'encadrement d'anciens étudiants étrangers que sont ses parents. Sa maman, ingénieure statisticienne, a passé sept années en France, tandis que son père a consacré douze années dans les universités canadiennes. Cet environnement ne sera pas d'un grand apport pour l'auteure qui subit un choc culturel une fois arrivée à Montréal en 1997 après que la France se soit refusée à elle à cause d'atermoiements des services consulaires français de Dakar. Le livre ne s'épanche pas seulement sur les difficiles conditions de vie des étudiants sénégalais ou africains en Occident. Il repose le débat sur la question du retour au pays. Parlant des premiers étudiants partis à l'étranger, Ndack Kane indique : ‘ils partaient en pionniers. Ceux qui revenaient en Afrique avaient des pays nouvellement indépendants à diriger. On peut critiquer la façon dont cela a été fait, moi la première, mais il faut reconnaître qu'ils ont réussi quelque chose d'essentiel : nous, leurs enfants, sommes nés dignes sur des terres libres. Même si cette liberté est encore partielle par endroits, elle est bel et bien là, il ne reste qu'à poursuivre le travail entamé. Il y a aussi ceux qui sont restés en Occident après leurs études, et qui ont contribué à faire connaître l'Afrique, et c'est important’. 


Pour la jeune génération d'étudiants, Ndack Kane énumère les défis. Si parmi les étudiants étrangers africains, il y a eu déjà qui sont retournés sur le continent pour y travailler, d'autres sont restés en Occident. L'auteur ne se focalise pas sur l'importance du choix de rester ou de rentrer, une question à laquelle elle ne saurait répondre, avoue-t-elle. Elle se borne à dire que ‘lorsque pour la première fois on quitte son pays d'origine, on subit un traumatisme dont on ne mesure la profondeur que bien des années plus tard. Chacun le vit différemment et en guérit différemment. Puis, quel que soit, le choix que l'on finit par faire, on a toujours cette impression, plus ou moins marquée, d'avoir manqué quelque chose, une autre vie ailleurs’. Ndack Kane ne s'attarde guère sur les regrets. Ce qu'elle propose, c'est que ‘chaque membre de la diaspora, soit définitivement conscient de travailler pour l'Afrique et à chaque fois de se rendre utile dans une œuvre digne et humaine. Grâce aux nouvelles technologies, l'important n'est plus de s'enraciner sur une terre, sur un lieu géographique, mais plus de s'enraciner dans un réseau Africain, voire ‘afrocophile’ pour inclure tous ceux qui s'intéressent à l'Afrique’. Sa passion pour l'Afrique fait que Ndack Kane ambitionne de continuer à écrire, une manière pour elle de porter le combat de la nouvelle génération d'Africains qui se doivent de faire entendre la voix du continent.

Le tome 1 de Partis trop tôt, trop loin, l'Exil, publié par la maison d'édition Phœnix, basée aux Etats-Unis, sera suivi d'un second roman, L'Envol puis de La Quête, qui revient sur les débuts de l'auteure comme stagiaire dans le domaine du développement international, notamment au Siège des Nations Unis à New York.  L’ouvrage est disponible au Canada et sera mis en vente à la librairie Athéna de Dakar.

 


Source: seneweb