• 14 / May / 2021
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MARIAMA BA CHANT ÉCARLATE 1981: QUAND LA DIFFÉRENCE DES CULTURES CONSTITUE UN FREIN AU BONHEUR

Mariama Ba est sans contexte l’une des plus grandes femmes que l’Afrique ait connues de par son histoire littéraire. Elle est née le 17 avril 1929 à Dakar. La plume de Mariama Ba a été de celles qui ont beaucoup critiqué l’inégalité des genres et de la société en Afrique dues aux coutumes et traditions. Dans la perspective de faire revivre l’art littéraire de Mariama Ba, MA FEMINITE vous invite à découvrir son roman CHANT ECARLATE qui est une œuvre que beaucoup n’égale pas en matière de qualité d’écriture et de morale.

L’intolérance et la différence de culture sont sans doute l’un des plus grands défauts au sein des peuples à travers le monde. L’œuvre de Mariama Ba chant écarlate met la main dessus. Cependant noter que ledit ouvrage est paru à titre posthume en 1981, un an après le décès de l’auteur. Dans chant écarlate ,Mariama ba nous soumet à l’environnement de vie familiale d’un couple mixte obligé de vivre avec les valeurs traditionnelles ,sociales et familiales hostile à l’épanouissement du couple du fait de la différence des cultures. Mireille et Ousmane un jeune couple depuis les bancs du lycée se voit tirailler de part et d’autre part soit par la famille du jeune homme qui ne veut pas d’une épouse blanche et du père de la jeune femme, un arrogant au racisme non dissimulé. Mais  bien au-delà de la différence culturelle du couple, ce livre revient sur l’attachement à sa culture, il nous parle des concessions que l’on doit les uns aux autres, l’esprit de tolérance, des valeurs comme la compréhension des autres et l’esprit de partage.

La première partie est essentiellement consacrée à la mise en place d’un drame qui commence par une idylle entre les deux personnages principaux dont les deux milieux de vie sont tout à fait opposés. Mireille est fille d’expatriés au profil quasi-caricatural. Le père jean de la vallée, un diplomate français de haut niveau, ayant voyagé dans la majeure partie des pays en voie de développement  et qui est d’un racisme beaucoup trop prononcé à l’égard de la race noire. Il «  supporte » de travailler avec ceux qu’il ne cesse de nommer « ça »  sans parler du profond mépris qu’il leur porte. Tandis que la mère, Mathilde de la vallée, élevée à l’ancienne dans une école religieuse est quelqu’une d’effacée, sans caractère et qui obéit à son mari. En revanche Ousmane n’est en aucune façon du même milieu, il est d’un père handicapé, vestige de la guerre à cause de son statut d’ancien combattant, et d’une mère femme au foyer, qui ne priait que pour avoir une brue ,qui enfin lui permettrait de se reposer, de se remettre de ses fatigues de vieille dame courbée par les travaux ménagers.
Bien évidemment le couple n’a pas pu résister à autant de différence d’une part, et d’autre part à cause de deux appartenances a deux milieux différents qui n’a fait que creuser davantage le creuset qu’il y’avait entre le jeune couple.

Mariama Ba a tenu à montrer le combat du couple pour résister à la vie dans un milieu urbain, entouré d’un environnement campé dans ses traditions. Ajouter à cela la frustration et le choc que peut ressentir Mireille a l’envahissante présence de l’entourage de son mari comme il est de coutume chez nous. La jeune femme est fille unique et a grandi dans un milieu aristocratique, soudain elle se retrouve entourée d’amis qui viennent et partent sans s’annoncer a tout heure sans tenir compte de son intimité. En tant que française, blanche de surcroit elle a beaucoup de mal à intégrer un milieu pareil mais cela elle est juste censée le comprendre. En plus de cela, Mireille doit aussi faire face à l’hostilité de yaye Khady sa belle-mère, qui ne respectait en aucune façon son cadre de vie sous prétexte qu’elle était chez son fils,  elle disposait donc de toute la liberté d’y faire ce qu’elle voulait. En réalité le fait que son fils ait choisit une épouse blanche qui ne pourra et n’acceptera jamais de l’exempter des durs travaux auxquels elle a fait face depuis sa tendre enfance lui était insupportable .Cette blanche elle ne l’aimait pas.



Comme pour encore entaché le tableau, l’amour de jeunesse de Ousmane refait surface dans la vie du couple pour y apporter plus de problèmes .Ouleymatou a été pour Ousmane celle qui lui rappelait qu’il ne connaitra jamais l’odeur de l’encens dans sa maison. Celle qui lui rappelait qu’il ne peut prétendre à une épouse soumise et dévouée puisque la sienne n’était qu’une blanche. Celle qui lui rappelait qu’il ne pourra jamais toucher de près les formes généreuses et envoutantes d’une belle africaine de souche parce que son épouse est une blanche. Celle qui lui rappelait  tellement de choses auxquelles il n’a pas droit parce qu’il a choisi d’épouser une blanche avec une culture et des valeurs différentes des leurs. Ouleymatou fut aussi celle qui pour lui, représentait tout ce qu’il ne pouvait pas avoir chez sa propre épouse blanche mais aussi une opportunité d’enfin connaitre la douceur dont seul sont capable une africaine.

Ousmane a fini par tomber dans le piège de la tentation. Il a fini par croquer à plein dent dans le fruit défendu. Il a commis l’irréparable en épousant Ouleymatou ce qui pour Mireille est plus qu’une insulte. Un acte qui l’a tellement déchirée et brisée de l’intérieur au point qu’elle était finalement d’accord avec son père comme quoi la race noire n’était composée que de « ça ».Tandis que pour son époux, rien de plus normal que d’avoir une seconde épouse puisque sa religion et sa culture le lui permettait.


Cet acte a enfin déroulé l’acte final d’un long scenario retraçant le racisme, l’inégalité des genres, l’égoïsme, l’intolérance, l’incompréhension, les coutumes tant de facteurs qui représentent un réel handicap pour la femme puisque tous dans leur ensemble, ne lui donne le droit de manifester sa colère face à son époux. Ce qui a finalement conduit Mireille à assassiner son jeune fils et à intenter aux jours de son mari et à se retrouver dans un état de nervosité profond.

Mariama ba,  à travers chant écarlate a réellement pleuré et plaint la femme de tous les milieux et de toutes les conditions. C’est avec rage qu’elle dénonce tous ces maux qui sont les vrais freins à l’unité des peuples, des races.
 


STG : AISSATA NDIAYE