• 02 / Dec / 2020
Fermer

Les métiers du Psy:Distinction entre psychologue et psychanalyste


Le terme « psy » recouvre un certain nombre de professions qui semblent de prime abord similaires alors même qu’elles ne le sont pas vraiment. Ce terme entretient parfois aussi des confusions qui sont soient dommageables au patient soit difficiles à élucider pour un néophyte qui sollicite de l’aide. Nous avons vu l’importance de faire la distinction entre un psychiatre et un psychologue dans l’article précédent. Je vous propose de faire la nuance entre un psychologue et un psychanalyste dans celui-ci un psychothérapeute (ou un thérapeute) et un psychanalyste.

Le psychanalyste est souvent celui qui fait référence dans l’imaginaire lorsque l’on parle de « psy », tant le divan freudien a été rendu célèbre. Il peut avoir n’importe quelle formation à l’origine (exemple : enseignant de français dans un lycée) et avoir été accepté dans une école de formation en psychanalyse. Il doit en avoir suivi le processus de formation qui a priori est variable selon l’avancement de sa propre analyse et sa régularité aux activités scientifiques de son école ainsi qu’à la validation de ses différentes étapes par ses pairs. Il existe plusieurs écoles de psychanalyse dont les plus connues en France sont l’école freudienne de psychanalyse, l’école lacanienne et le quatrième groupe. Ce qui diffère globalement ce sont des nuances, parfois des fossés énormes, dans l’interprétation de différents concepts psychanalytiques mais aussi dans les dispositifs. Même si globalement le fond du dispositif reste le même : suspendre son activité motrice, s’allonger sur le divan et dire ce qui nous passe par la tête librement. Il y a des nuances qui peuvent s’avérer sensibles. Par exemple, dans l’école freudienne on choisit de proposer à chaque patient en moyenne un temps de séance de 45 mn à une heure pour les adultes et de 30 mn pour les enfants, plusieurs fois par semaine. Or chez les lacaniens, le temps de la séance peut être variable tout en gardant la fréquence de plusieurs fois par semaine. De 20 mn à 30 mn voir un peu plus. La séance s’arrête sur un temps de suspension, qui est considéré comme le temps du sujet et de l’irrégularité de ses manifestations inconscientes. C’est tout de même sur ce point qu’une scission a existé dans l’école lacanienne et qui a permis la naissance du Quatrième groupe cité plus haut. Une autre différence majeure est que le freudien d’aujourd’hui travaille plus sur des aspects processuels des manifestations inconscientes alors que le lacanien et l’analyste référencé au quatrième groupe s’intéressent aux aspects plus structurels des mêmes manifestations inconscientes. Le psychologue ne vous couchera pas sur un divan sauf s’il a un divan et que vous vouliez allonger. Le psychologue propose des dispositifs en face à face en évitant de mettre trop d’obstacle entre vous et lui pour, disons, rendre la rencontre moins solennelle. Le psychiatre quant à lui reprend souvent le dispositif médical avec un bureau entre le patient et le médecin. Parfois cependant, vous pouvez avoir des psychiatres dont la sensibilité clinique leur permet de ne pas mettre de barrière entre eux et vous.

Le psychanalyste n’est donc pas psychiatre ou psychologue, à la base, et ne peut donc pas utiliser les mêmes prérogatives légales ou institutionnalisées que ces derniers. Mais… le psychiatre et le psychologue peuvent être psychanalystes s’ils ont en plus de leur cursus fait le parcours de formation d’une école de psychanalyse. A ma connaissance il n’y a à Dakar qu’une psychologue clinicienne qui est aussi psychanalyste membre de l’école lacanienne de psychanalyse de Paris. Enfin, une psychothérapie chez le psychologue n’est pas une analyse encore qu’une psychothérapie peut être d’orientation analytique, en fonction, donc, du cursus du psychologue. Mes suivis ponctuels et mes psychothérapies sont d’orientation psychanalytique compte tenu de ma formation. Cependant, je prends en compte une dimension psychiatrique quand la situation du patient le requiert ou criminologique quand le patient est victime ou auteur d’infractions, de délits ou de crimes.

Enfin, la psychanalyse en tant que discipline scientifique est à la base de beaucoup de nos tableaux cliniques, voire, est souvent sous-jacente à certaines de nos interprétations cliniques. Toutefois, il y a des psychologues qui sont plus imprégnés que d’autres par la psychanalyse. Cela dépend, en France, de l’université dans laquelle vous avez étudié. Il y a deux grands bastions en France de la psychanalyse freudienne c’est Paris, évidemment, et Lyon. Mais avec une particularité pour cette dernière car à Lyon on parle depuis quelques années de l’école lyonnaise ou du Groupe Lyonnais de psychanalyse. Cela s’est fait sous l’impulsion des recherches psychanalytiques menées à l’Université Lyon 2, de la place prépondérante de la pratique clinique et, comme partout, des grands noms, qui font la psychanalyse actuelle, qui sont associés à cette université. Cette orientation de la recherche est liée pour une large part à l’organisation historique de l’enseignement de la psychologie clinique, à l’université Lyon II, qui a toujours été fait, jusqu’en 2016, par des enseignants chercheurs psychologues cliniciens exclusivement psychanalystes et majoritairement freudiens. C’est pourquoi ma formation de psychologue est très largement d’orientation psychanalytique freudienne. Cette précision me semble importante à questionner avec celui que vous déciderait d’avoir comme « psy » car le travail de psychothérapie ne s’envisagera pas sous le même angle selon le psychologue. Ses interprétations et ses hypothèses de travail ne seront pas toujours les mêmes en fonction de ses formations, de vos évolutions. Parfois un clinicien d’orientation psychanalytique aura du mal à trouver un terrain d’entente avec un psychologue d’une autre orientation, de la même manière qu’un clinicien psychopathologue ne travaillera pass les mêmes choses qu’un clinicien psychosociologue puisque sa réflexion clinique sera limitée du fait que sa spécialité ne concerne pas les pathologies psychiques. Parfois aussi les hypothèses des cliniciens n’auront pas toujours d’équivalent dans d’autres orientations. Pour autant la psychanalyse permet une recherche très en profondeur des motifs inconscients qui vous ont amené à prendre telles ou telles décision, à avoir parfois développé tel ou tel symptôme plutôt qu’un autre etc. C’est un véritable travail psychique : c’est-à-dire affectif, cognitif, philosophique, sensori-moteur etc qui vous confronte à des bouleversements propres au travail de transformation que l’orientation psychanalytique induit.

Ndeye Khaïra THIAM

Psychologue clinicienne spécialisée en psychopathologie

DU de criminologie clinique

DU de pathologies psychiatriques

Cabinet BOULOS

76 rue Raffenel – Dakar – Sénégal

78 124 40 99

Page FB : Ndèye Khaira Thiam Psychologue clinicienne

Linked in : https://www.linkedin.com/in/ndeye-khaira-thiam-29a87b59/