• 15 / Aug / 2020
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Entretien avec Seynabou Dieng Traoré : Fondatrice et Gérante de Maya SARL

La diversité et la richesse de l’Afrique offrent de belles opportunités aux entrepreneurs. Et ce n’est pas Seynabou Dieng TRAORE, fondatrice et gérante de Maya SARL qui dira le contraire.

Pouvez-vous nous faire votre présentation ?

Je m’appelle Seynabou Dieng, j’ai 32 ans, je suis chef d’entreprise et maman d’un garçon de 3 ans. Je suis titulaire d’un master en marketing et d’un master spécialisé en stratégie et management obtenu à l’Essec en France. Dans le passé j’ai travaillé dans le secteur du conseil plus particulièrement pour les ONG.

Pourquoi avez-vous décidé de lancer Maya ?

Quand je me suis installée au Mali en 2015, j’ai constaté qu’il y avait très peu de marques d’agroalimentaire locales, je retrouvais pratiquement les mêmes marques que j’utilisais en Europe dans les supermarchés. Cette situation m’a dérangée sachant que nous avons des richesses agricoles très importante et que malgré cela les agriculteurs ne parviennent pas à vivre de leur travail. Beaucoup d’entre eux, comme Maya ma cuisinière de l’époque sont obligés de venir travailler dans les villes pour aider leurs familles. C’est comme ça que j’ai eu le déclic et que je me suis lancée dans la valorisation des produits du terroir. J’ai commencé dans ma cuisine avec peu de moyens, et la force des réseaux sociaux nous a fait entrer dans le réseau de distribution malien, mais également au Burkina Faso et au Sénégal. 


Quels genres de difficultés rencontrez-vous dans votre chaine d’approvisionnement ?

La principale difficulté que nous rencontrons sur l’approvisionnement c’est la fluctuation du prix des matières premières ; en effet, lorsque nous avons commencé en 2017 le sac de piment nous coutait en moyenne 7500 FCFA ; aujourd’hui le même sac nous coûte 15 000 FCFA. En plus de l’augmentation du prix nous devons également faire face à une baisse de la qualité des légumes dû à l’utilisation d’engrais chimiques par les producteurs. Enfin, nous devons aussi gérer la logistique et le transport des matières premières des zones rurales vers la capitale où se trouve notre unité car il n’existe pas d’entreprise locale spécialisée dans les logistiques des denrées agroalimentaires périssables.

De façon quantitative quel apport avez-vous sur le business des autres transformateurs locaux ?

Maya a décidé d’optimiser sa chaine de valeur et de se concentrer sur les activités à forte valeur pour le produit. Ainsi, les céréales que nous utilisons dans certains produits sont achetés auprès d’autres transformateurs de la place sur la base d’un cahier des charges strict ; par ailleurs, nous avions dans le passé ouvert une épicerie en plein cœur de Bamako dans laquelle nous offrions aux autres transformateurs la possibilité de venir exposer et vendre leurs produits. Cette épicerie a été une vitrine pour plusieurs marques locales.

Depuis quelques temps, on retrouve la marque Maya dans les rayons de supermarchés de plusieurs pays frontaliers, comment qualifiez-vous cet exploit ?




Nous sommes très fiers d’avoir pu en 3 ans construire une forte notoriété autours de la marque Maya. Aujourd’hui ce sont les distributeurs qui viennent à nous pour nous proposer de représenter la marque dans leur pays. Cela se justifie par le capital « éthique » et « sympathique » de la marque Maya. L’histoire de cette marque elle-même séduit les clients qui avec le temps sont devenus de véritables ambassadeurs. Les valeurs qui nous animent en tant qu’entreprise sociale, à savoir la responsabilité, l’inclusivité et la transparence, sont des valeurs universelles et qui parlent à tous les consommateurs africains qui se battent pour avoir des marques à leur image. Enfin, le soin que nous apportons à la qualité de nos produits et au design des emballages est aussi un acquis fort dans notre conquête du marché africain.

Quelle stratégie avez-vous mis en place pour diminuer l’impact du Covid 19 sur votre business ?

Depuis le début de la pandémie COVID-19, nous avons constaté que les femmes se déplacent moins pour aller au marché ou au supermarché. De plus, elles sont confrontées à une charge de travail supérieure à la normale car elles doivent prendre soin des enfants et de leurs devoirs. Maya a donc remarqué une baisse de ses ventes en supermarché et a décidé d'apporter une réponse intéressante en proposant aux clientes des « kits de cuisine Maya ». Ces kits sont livrés au domicile du client grâce à un partenariat avec une entreprise de logistique qui applique des mesures de barrière contre les COVID. Dans chaque kit, Maya propose des masques pour encourager les femmes à continuer de se protéger même à la maison. La société a également mis en place des tutoriels vidéo qui permettent aux femmes de mieux utiliser les produits et également de tester de nouvelles recettes de gouters pour enfants. Cela a permis à l’entreprise de limiter la baisse de son chiffre d’affaire et de se rapprocher de sa clientèle.




Comment se porte le milieu de l’entrepreneuriat dans votre pays ?

L’entrepreneuriat au Mali est en plein essor et ce sont les femmes qui en sont à l’origine. Plusieurs entreprises féminines voient le jour et ont beaucoup de succès et un impact social mesurable. Néanmoins, les femmes ont besoin de plus d’accompagnement car elles font face à des obstacles de taille dans leur activité. La principale difficulté que je rencontre en tant que femme entrepreneur c’est la gestion du temps. L’entrepreneuriat au Mali nécessite beaucoup de temps ; il faut garder une relation de proximité et tisser des liens avec les clients ; il faut former et accompagner les collaborateurs ; rassurer et engager les partenaires ; participer aux activités civiques et culturelles ; donner de son temps aux plus jeunes ; faire un peu d’activisme sur les réseaux sociaux (rires) et gérer la maison et les enfants. Ça fait beaucoup.

En tant qu’entrepreneure, quel conseil donnez-vous à la femme africaine pour la booster dans l’entrepreneuriat ?

Mon conseil à la femme entrepreneure est le même depuis le début de cette aventure : fais une activité qui te plait et tu vas réussir. Je dis souvent que la femme africaine est un entrepreneur dans l’âme ; depuis le plus jeune âge on nous apprend à concilier les études, la gestion des frères et sœurs, l’assistance de la maman dans les tâches ménagères etc… nous avons un grand sens de la responsabilité et du sacrifice ce qui nous donne déjà des meilleurs changes pour entreprendre. Le reste est fait pas l’amour du métier. Lorsqu’on aime une activité on ne compte pas ses heures de travail, ni l’argent qu’on y investit et forcément on réussit.

Comment voyez-vous Maya d’ici 5 ans ?

Nous envisageons de devenir leader des sauces et des produits d’épicerie dans l’UEMOA d’ici 2025. Notre rêve serait que chaque africain puisse être fier de consommer un produit agroalimentaire qui a pris ses sources chez lui et qui aide l’agriculture locale. Nous allons donc consolider notre présence sur les marchés où nous sommes déjà et attaquer de nouveaux marchés. Pour cela nous allons nous appuyer sur notre forte capacité à nouer des partenariats et sur les talents et la motivation de nos collaborateurs.

Quel est votre mot de fin ?

Consommons local ! Encore et encore. Notre terroir regorge de produits exceptionnels et nous avons la chance de vivre une époque où la jeunesse a mis l’innovation et la technologie au service du secteur agroalimentaire en mettant sur le marché des produits très intéressants et connectés au monde rural ; il ne reste plus qu’à la population de nous donner un coup de pouce en consommant nos produits pour au moins qu’on sente que le sacrifice a servi à quelque chose.

Maya au Sénégal :

-          Sakanal / Exclusiv / Pridoux Mariste / Jumia

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